Aller au contenu principal
Ce projet est en phase bêta. Tu as trouvé un bug ? Ouvrir un ticket GitHub. Une question ou une idée ? Pose ta question dans Discussions — tes retours sont les bienvenus !
Quelle est la qualité de la traduction sur cette page ?

Combinaisons convexes de matrices densité

Sélections probabilistes de matrices densité​

Un aspect fondamental des matrices densité est que les sélections probabilistes d'états quantiques sont représentées par des combinaisons convexes de leurs matrices densité associées.

Par exemple, si l'on dispose de deux matrices densité, ρ\rho et σ,\sigma, représentant des états quantiques d'un système X,\mathsf{X}, et qu'on prépare le système dans l'état ρ\rho avec probabilité pp et dans l'état σ\sigma avec probabilité 1−p,1 - p, alors l'état quantique résultant est représenté par la matrice densité

pρ+(1−p)σ.p \rho + (1 - p) \sigma.

Plus généralement, si l'on dispose de mm états quantiques représentés par des matrices densité ρ0,…,ρm−1\rho_0,\ldots,\rho_{m-1}, et qu'un système est préparé dans l'état ρk\rho_k avec probabilité pkp_k pour un vecteur de probabilités (p0,…,pm−1)(p_0,\ldots,p_{m-1}) donné, l'état résultant est représenté par la matrice densité

∑k=0m−1pkρk.\sum_{k = 0}^{m-1} p_k \rho_k.

C'est une combinaison convexe des matrices densité ρ0,…,ρm−1\rho_0,\ldots,\rho_{m-1}.

Il s'ensuit que si l'on dispose de mm vecteurs d'état quantique ∣ψ0⟩,…,∣ψm−1⟩\vert\psi_0\rangle,\ldots,\vert\psi_{m-1}\rangle, et qu'on prépare un système dans l'état ∣ψk⟩\vert\psi_k\rangle avec probabilité pkp_k pour chaque k∈{0,…,m−1}k\in\{0,\ldots,m-1\}, l'état obtenu est représenté par la matrice densité

∑k=0m−1pk∣ψk⟩⟨ψk∣.\sum_{k = 0}^{m-1} p_k \vert\psi_k\rangle\langle\psi_k\vert.

Par exemple, si un qubit est préparé dans l'état ∣0⟩\vert 0\rangle avec probabilité 1/21/2 et dans l'état ∣+⟩\vert + \rangle avec probabilité 1/21/2, la représentation en matrice densité de l'état obtenu est donnée par

12∣0⟩⟨0∣+12∣+⟩⟨+∣=12(1000)+12(12121212)=(34141414).\frac{1}{2} \vert 0\rangle\langle 0 \vert + \frac{1}{2} \vert +\rangle\langle + \vert = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 1 & 0\\[1mm] 0 & 0 \end{pmatrix} + \frac{1}{2} \begin{pmatrix} \frac{1}{2} & \frac{1}{2}\\[2mm] \frac{1}{2} & \frac{1}{2} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \frac{3}{4} & \frac{1}{4}\\[2mm] \frac{1}{4} & \frac{1}{4} \end{pmatrix}.

Dans la formulation simplifiée de l'information quantique, faire une moyenne des vecteurs d'état quantique de cette façon ne fonctionne pas. Par exemple, le vecteur

12∣0⟩+12∣+⟩=12(10)+12(1212)=(2+2424)\frac{1}{2} \vert 0\rangle + \frac{1}{2} \vert + \rangle = \frac{1}{2} \begin{pmatrix}1\\[1mm] 0\end{pmatrix} + \frac{1}{2} \begin{pmatrix}\frac{1}{\sqrt{2}}\\[2mm]\frac{1}{\sqrt{2}}\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}\frac{2 + \sqrt{2}}{4}\\[2mm]\frac{\sqrt{2}}{4}\end{pmatrix}

n'est pas un vecteur d'état quantique valide car sa norme euclidienne n'est pas égale à 11. Un exemple encore plus frappant qui illustre pourquoi cela ne fonctionne pas pour les vecteurs d'état quantique : prenons n'importe quel vecteur d'état quantique ∣ψ⟩\vert\psi\rangle de notre choix, et considérons l'état ∣ψ⟩\vert\psi\rangle avec probabilité 1/21/2 et −∣ψ⟩-\vert\psi\rangle avec probabilité 1/21/2. Ces états ne diffèrent que d'une phase globale, ils représentent donc en réalité le même état — mais leur moyenne nous donne le vecteur nul, qui n'est pas un vecteur d'état quantique valide.

L'état complètement mélangé​

Supposons qu'on fixe l'état d'un qubit à ∣0⟩\vert 0\rangle ou ∣1⟩\vert 1\rangle aléatoirement, chacun avec probabilité 1/21/2. La matrice densité représentant l'état résultant est la suivante.

12∣0⟩⟨0∣+12∣1⟩⟨1∣=12(1000)+12(0001)=(120012)=12I\frac{1}{2} \vert 0\rangle\langle 0\vert + \frac{1}{2} \vert 1\rangle\langle 1\vert = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 1 & 0\\[1mm] 0 & 0 \end{pmatrix} + \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 0 & 0\\[1mm] 0 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \frac{1}{2} & 0\\[1mm] 0 & \frac{1}{2} \end{pmatrix} = \frac{1}{2} \mathbb{I}

(Dans cette équation, le symbole I\mathbb{I} désigne la matrice identité 2×22\times 2.) C'est un état particulier appelé l'état complètement mélangé. Il représente une incertitude totale sur l'état d'un qubit, similaire à un bit aléatoire uniforme dans le cadre probabiliste.

Supposons maintenant qu'on change la procédure : à la place des états ∣0⟩\vert 0\rangle et ∣1⟩\vert 1\rangle, on utilisera les états ∣+⟩\vert + \rangle et ∣−⟩\vert - \rangle. On peut calculer la matrice densité décrivant l'état résultant de manière similaire.

12∣+⟩⟨+∣+12∣−⟩⟨−∣=12(12121212)+12(12−12−1212)=(120012)=12I\frac{1}{2} \vert +\rangle\langle +\vert + \frac{1}{2} \vert -\rangle\langle -\vert = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} \frac{1}{2} & \frac{1}{2}\\[2mm] \frac{1}{2} & \frac{1}{2} \end{pmatrix} + \frac{1}{2} \begin{pmatrix} \frac{1}{2} & -\frac{1}{2}\\[2mm] -\frac{1}{2} & \frac{1}{2} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \frac{1}{2} & 0\\[2mm] 0 & \frac{1}{2} \end{pmatrix} = \frac{1}{2} \mathbb{I}

C'est la même matrice densité qu'avant, même si on a changé les états. En fait, on obtiendrait à nouveau le même résultat — l'état complètement mélangé — en substituant n'importe quelle paire de vecteurs d'état de qubit orthogonaux à ∣0⟩\vert 0\rangle et ∣1⟩\vert 1\rangle.

C'est une fonctionnalité, pas un bug ! On obtient effectivement exactement le même état dans les deux cas. Autrement dit, il n'existe aucun moyen de distinguer les deux procédures en mesurant le qubit qu'elles produisent, même au sens statistique. Nos deux procédures différentes ne sont que deux façons distinctes de préparer cet état.

On peut vérifier que cela est cohérent en réfléchissant à ce qu'on pourrait espérer apprendre à partir d'une sélection aléatoire d'un état parmi l'un des deux ensembles d'états possibles {∣0⟩,∣1⟩}\{\vert 0\rangle,\vert 1\rangle\} et {∣+⟩,∣−⟩}\{\vert +\rangle,\vert -\rangle\}. Pour simplifier, supposons qu'on applique une opération unitaire UU sur notre qubit, puis qu'on mesure dans la base standard.

Dans le premier scénario, l'état du qubit est choisi uniformément dans l'ensemble {∣0⟩,∣1⟩}\{\vert 0\rangle,\vert 1\rangle\}. Si l'état est ∣0⟩\vert 0\rangle, on obtient les résultats 00 et 11 avec les probabilités

∣⟨0∣U∣0⟩∣2et∣⟨1∣U∣0⟩∣2\vert \langle 0 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2 \quad\text{et}\quad \vert \langle 1 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2

respectivement. Si l'état est ∣1⟩\vert 1\rangle, on obtient les résultats 00 et 11 avec les probabilités

∣⟨0∣U∣1⟩∣2et∣⟨1∣U∣1⟩∣2.\vert \langle 0 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2 \quad\text{et}\quad \vert \langle 1 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2.

Comme les deux possibilités surviennent chacune avec probabilité 1/21/2, on obtient le résultat 00 avec probabilité

12∣⟨0∣U∣0⟩∣2+12∣⟨0∣U∣1⟩∣2\frac{1}{2}\vert \langle 0 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2 + \frac{1}{2}\vert \langle 0 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2

et le résultat 11 avec probabilité

12∣⟨1∣U∣0⟩∣2+12∣⟨1∣U∣1⟩∣2.\frac{1}{2}\vert \langle 1 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2 + \frac{1}{2}\vert \langle 1 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2.

Ces deux expressions sont égales à 1/21/2. Une façon de l'établir est d'utiliser un résultat d'algèbre linéaire qui peut être vu comme une généralisation du théorème de Pythagore.

Théorème

Supposons que {∣ψ1⟩,…,∣ψn⟩}\{\vert\psi_1\rangle,\ldots,\vert\psi_n\rangle\} est une base orthonormée d'un espace vectoriel (réel ou complexe) V\mathcal{V}. Pour tout vecteur ∣ϕ⟩∈V\vert \phi\rangle \in \mathcal{V} on a ∣⟨ψ1∣ϕ⟩∣2+⋯+∣⟨ψn∣ϕ⟩∣2=∥∣ϕ⟩∥2\vert \langle \psi_1\vert\phi\rangle\vert^2 + \cdots + \vert \langle \psi_n \vert \phi \rangle\vert^2 = \| \vert\phi\rangle \|^2.

On peut appliquer ce théorème pour déterminer les probabilités comme suit. La probabilité d'obtenir 00 est

12∣⟨0∣U∣0⟩∣2+12∣⟨0∣U∣1⟩∣2=12(∣⟨0∣U∣0⟩∣2+∣⟨0∣U∣1⟩∣2)=12(∣⟨0∣U†∣0⟩∣2+∣⟨1∣U†∣0⟩∣2)=12∥U†∣0⟩∥2\begin{aligned} \frac{1}{2}\vert \langle 0 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2 + \frac{1}{2}\vert \langle 0 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2 & = \frac{1}{2} \Bigl( \vert \langle 0 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2 + \vert \langle 0 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2 \Bigr) \\[2mm] & = \frac{1}{2} \Bigl( \vert \langle 0 \vert U^{\dagger} \vert 0 \rangle \vert^2 + \vert \langle 1 \vert U^{\dagger} \vert 0 \rangle \vert^2 \Bigr)\\[2mm] & = \frac{1}{2} \bigl\| U^{\dagger} \vert 0 \rangle \bigr\|^2 \end{aligned}

et la probabilité d'obtenir 11 est

12∣⟨1∣U∣0⟩∣2+12∣⟨1∣U∣1⟩∣2=12(∣⟨1∣U∣0⟩∣2+∣⟨1∣U∣1⟩∣2)=12(∣⟨0∣U†∣1⟩∣2+∣⟨1∣U†∣1⟩∣2)=12∥U†∣1⟩∥2.\begin{aligned} \frac{1}{2}\vert \langle 1 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2 + \frac{1}{2}\vert \langle 1 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2 & = \frac{1}{2} \Bigl( \vert \langle 1 \vert U \vert 0 \rangle \vert^2 + \vert \langle 1 \vert U \vert 1 \rangle \vert^2 \Bigr) \\[2mm] & = \frac{1}{2} \Bigl( \vert \langle 0 \vert U^{\dagger} \vert 1 \rangle \vert^2 + \vert \langle 1 \vert U^{\dagger} \vert 1 \rangle \vert^2 \Bigr)\\[2mm] & = \frac{1}{2} \bigl\| U^{\dagger} \vert 1 \rangle \bigr\|^2. \end{aligned}

Puisque UU est unitaire, on sait que U†U^{\dagger} l'est également, ce qui implique que U†∣0⟩U^{\dagger} \vert 0 \rangle et U†∣1⟩U^{\dagger} \vert 1 \rangle sont tous les deux des vecteurs unitaires. Les deux probabilités sont donc égales à 1/21/2. Cela signifie que quel que soit le choix de UU, la mesure ne produit qu'un bit aléatoire uniforme.

On peut effectuer une vérification similaire pour n'importe quelle autre paire d'états orthonormés à la place de ∣0⟩\vert 0\rangle et ∣1⟩\vert 1\rangle. Par exemple, puisque {∣+⟩,∣−⟩}\{\vert + \rangle, \vert - \rangle\} est une base orthonormée, la probabilité d'obtenir le résultat de mesure 00 dans la deuxième procédure est

12∣⟨0∣U∣+⟩∣2+12∣⟨0∣U∣−⟩∣2=12∥U†∣0⟩∥2=12\frac{1}{2}\vert \langle 0 \vert U \vert + \rangle \vert^2 + \frac{1}{2}\vert \langle 0 \vert U \vert - \rangle \vert^2 = \frac{1}{2} \bigl\| U^{\dagger} \vert 0 \rangle \bigr\|^2 = \frac{1}{2}

et la probabilité d'obtenir 11 est

12∣⟨1∣U∣+⟩∣2+12∣⟨1∣U∣−⟩∣2=12∥U†∣1⟩∥2=12.\frac{1}{2}\vert \langle 1 \vert U \vert + \rangle \vert^2 + \frac{1}{2}\vert \langle 1 \vert U \vert - \rangle \vert^2 = \frac{1}{2} \bigl\| U^{\dagger} \vert 1 \rangle \bigr\|^2 = \frac{1}{2}.

En particulier, on obtient exactement les mêmes statistiques de sortie que pour les états ∣0⟩\vert 0\rangle et ∣1⟩\vert 1\rangle.

États probabilistes​

Les états classiques peuvent être représentés par des matrices densité. En particulier, pour chaque état classique aa d'un système X\mathsf{X}, la matrice densité

ρ=∣a⟩⟨a∣\rho = \vert a\rangle \langle a \vert

représente X\mathsf{X} se trouvant de manière certaine dans l'état classique aa. Pour les qubits on a

∣0⟩⟨0∣=(1000)et∣1⟩⟨1∣=(0001),\vert 0\rangle \langle 0 \vert = \begin{pmatrix}1 & 0 \\ 0 & 0\end{pmatrix} \quad\text{et}\quad \vert 1\rangle \langle 1 \vert = \begin{pmatrix}0 & 0 \\ 0 & 1\end{pmatrix},

et en général on a un unique 11 sur la diagonale à la position correspondant à l'état classique considéré, et tous les autres coefficients valent zéro.

On peut alors prendre des combinaisons convexes de ces matrices densité pour représenter des états probabilistes. En supposant pour simplifier que l'ensemble des états classiques est {0,…,n−1}\{0,\ldots,n-1\}, si X\mathsf{X} se trouve dans l'état aa avec probabilité pap_a pour chaque a∈{0,…,n−1}a\in\{0,\ldots,n-1\}, alors la matrice densité obtenue est

ρ=∑a=0n−1pa∣a⟩⟨a∣=(p00⋯00p1⋱⋮⋮⋱⋱00⋯0pn−1).\rho = \sum_{a = 0}^{n-1} p_a \vert a\rangle \langle a \vert = \begin{pmatrix} p_0 & 0 & \cdots & 0\\ 0 & p_1 & \ddots & \vdots\\ \vdots & \ddots & \ddots & 0\\ 0 & \cdots & 0 & p_{n-1} \end{pmatrix}.

Dans l'autre sens, toute matrice densité diagonale peut naturellement être identifiée à l'état probabiliste qu'on obtient en lisant simplement le vecteur de probabilités sur la diagonale.

Pour être précis, lorsqu'une matrice densité est diagonale, cela ne signifie pas nécessairement qu'on parle d'un système classique, ni que le système ait été préparé par sélection aléatoire d'un état classique, mais plutôt que l'état aurait pu être obtenu par sélection aléatoire d'un état classique.

Le fait que les états probabilistes soient représentés par des matrices densité diagonales est cohérent avec l'intuition suggérée au début de la leçon, selon laquelle les coefficients hors diagonale décrivent le degré de superposition quantique des deux états classiques correspondant à la ligne et à la colonne de ce coefficient. Ici, tous les coefficients hors diagonale sont nuls, donc on n'a que de l'aléatoire classique et rien n'est en superposition quantique.

Matrices densité et théorème spectral​

On a vu que si l'on prend une combinaison convexe d'états purs,

ρ=∑k=0m−1pk∣ψk⟩⟨ψk∣,\rho = \sum_{k = 0}^{m-1} p_k \vert \psi_k\rangle \langle \psi_k \vert,

on obtient une matrice densité. Toute matrice densité ρ\rho peut en fait s'écrire comme une combinaison convexe d'états purs de cette forme. C'est-à-dire qu'il existera toujours une collection de vecteurs unitaires {∣ψ0⟩,…,∣ψm−1⟩}\{\vert\psi_0\rangle,\ldots,\vert\psi_{m-1}\rangle\} et un vecteur de probabilités (p0,…,pm−1)(p_0,\ldots,p_{m-1}) pour lesquels l'équation ci-dessus est vraie.

On peut de plus toujours choisir le nombre mm de façon à ce qu'il corresponde au nombre d'états classiques du système considéré, et sélectionner des vecteurs d'état quantique orthogonaux. Le théorème spectral, que l'on a rencontré dans le cours « Fondements des algorithmes quantiques », nous permet de conclure cela. En voici un rappel pour référence.

Théorème

Théorème spectral : Soit MM une matrice complexe n×nn\times n normale. Il existe une base orthonormée de vecteurs complexes de dimension nn, {∣ψ0⟩,…,∣ψn−1⟩}\{\vert\psi_0\rangle,\ldots,\vert\psi_{n-1}\rangle \}, ainsi que des nombres complexes λ0,…,λn−1\lambda_0,\ldots,\lambda_{n-1} tels que

M=λ0∣ψ0⟩⟨ψ0∣+⋯+λn−1∣ψn−1⟩⟨ψn−1∣.M = \lambda_0 \vert \psi_0\rangle\langle \psi_0\vert + \cdots + \lambda_{n-1} \vert \psi_{n-1}\rangle\langle \psi_{n-1}\vert.

(Rappelons qu'une matrice MM est normale si elle satisfait M†M=MM†M^{\dagger} M = M M^{\dagger}. En d'autres termes, les matrices normales sont des matrices qui commutent avec leur propre transposée conjuguée.)

On peut appliquer le théorème spectral à toute matrice densité ρ\rho donnée car les matrices densité sont toujours hermitiennes et donc normales. Cela nous permet d'écrire

ρ=λ0∣ψ0⟩⟨ψ0∣+⋯+λn−1∣ψn−1⟩⟨ψn−1∣\rho = \lambda_0 \vert \psi_0\rangle\langle \psi_0\vert + \cdots + \lambda_{n-1} \vert \psi_{n-1}\rangle\langle \psi_{n-1}\vert

pour une certaine base orthonormée {∣ψ0⟩,…,∣ψn−1⟩}\{\vert\psi_0\rangle,\ldots,\vert\psi_{n-1}\rangle\}. Il reste à vérifier que (λ0,…,λn−1)(\lambda_0,\ldots,\lambda_{n-1}) est un vecteur de probabilités, qu'on peut alors renommer (p0,…,pn−1)(p_0,\ldots,p_{n-1}) si on le souhaite.

Les nombres λ0,…,λn−1\lambda_0,\ldots,\lambda_{n-1} sont les valeurs propres de ρ\rho, et comme ρ\rho est semi-définie positive, ces nombres sont nécessairement des réels non négatifs. On peut conclure que λ0+⋯+λn−1=1\lambda_0 + \cdots + \lambda_{n-1} = 1 du fait que la trace de ρ\rho est égale à 11. Développer les détails nous donnera l'occasion de souligner la propriété importante et très utile suivante de la trace.

Théorème

Propriété cyclique de la trace : Pour deux matrices quelconques AA et BB dont le produit ABAB est une matrice carrée, l'égalité Tr⁡(AB)=Tr⁡(BA)\operatorname{Tr}(AB) = \operatorname{Tr}(BA) est vraie.

Remarque : ce théorème s'applique même si AA et BB ne sont pas elles-mêmes des matrices carrées. Autrement dit, AA peut être de taille n×mn\times m et BB de taille m×nm\times n, pour des entiers strictement positifs nn et mm quelconques, de sorte que ABAB est une matrice carrée n×nn\times n et BABA est m×mm\times m.

En particulier, si on prend AA égal au vecteur colonne ∣ϕ⟩\vert\phi\rangle et BB égal au vecteur ligne ⟨ϕ∣\langle \phi\vert, on voit que

Tr⁡(∣ϕ⟩⟨ϕ∣)=Tr⁡(⟨ϕ∣ϕ⟩)=⟨ϕ∣ϕ⟩.\operatorname{Tr}\bigl(\vert\phi\rangle\langle\phi\vert\bigr) = \operatorname{Tr}\bigl(\langle\phi\vert\phi\rangle\bigr) = \langle\phi\vert\phi\rangle.

La deuxième égalité découle du fait que ⟨ϕ∣ϕ⟩\langle\phi\vert\phi\rangle est un scalaire, qu'on peut aussi voir comme une matrice 1×11\times 1 dont la trace est son unique entrée. En utilisant ce fait, on peut conclure que λ0+⋯+λn−1=1\lambda_0 + \cdots + \lambda_{n-1} = 1 par la linéarité de la fonction trace.

1=Tr⁡(ρ)=Tr⁡(λ0∣ψ0⟩⟨ψ0∣+⋯+λn−1∣ψn−1⟩⟨ψn−1∣)=λ0Tr⁡(∣ψ0⟩⟨ψ0∣)+⋯+λn−1Tr⁡(∣ψn−1⟩⟨ψn−1∣)=λ0+⋯+λn−1\begin{gathered} 1 = \operatorname{Tr}(\rho) = \operatorname{Tr}\bigl(\lambda_0 \vert \psi_0\rangle\langle \psi_0\vert + \cdots + \lambda_{n-1} \vert \psi_{n-1}\rangle\langle \psi_{n-1}\vert\bigr)\\[2mm] = \lambda_0 \operatorname{Tr}\bigl(\vert \psi_0\rangle\langle \psi_0\vert\bigr) + \cdots + \lambda_{n-1} \operatorname{Tr}\bigl(\vert \psi_{n-1}\rangle\langle \psi_{n-1}\vert\bigr) = \lambda_0 + \cdots + \lambda_{n-1} \end{gathered}

On peut également parvenir à la même conclusion en utilisant le fait que la trace d'une matrice carrée (même non normale) est égale à la somme de ses valeurs propres.

On a donc établi que toute matrice densité ρ\rho peut s'écrire comme une combinaison convexe d'états purs. On voit de plus qu'on peut toujours choisir ces états purs orthogonaux. Cela signifie en particulier qu'on n'a jamais besoin que le nombre nn soit supérieur à la taille de l'ensemble des états classiques de X\mathsf{X}.

En général, il faut bien comprendre qu'il existe différentes façons d'écrire une matrice densité comme combinaison convexe d'états purs, pas seulement celles que fournit le théorème spectral. L'exemple précédent l'illustre.

12∣0⟩⟨0∣+12∣+⟩⟨+∣=(34141414)\frac{1}{2} \vert 0\rangle\langle 0 \vert + \frac{1}{2} \vert +\rangle\langle + \vert = \begin{pmatrix} \frac{3}{4} & \frac{1}{4}\\[2mm] \frac{1}{4} & \frac{1}{4} \end{pmatrix}

Ce n'est pas une décomposition spectrale de cette matrice car ∣0⟩\vert 0\rangle et ∣+⟩\vert + \rangle ne sont pas orthogonaux. Voici une décomposition spectrale :

(34141414)=cos⁡2(π/8)∣ψπ/8⟩⟨ψπ/8∣+sin⁡2(π/8)∣ψ5π/8⟩⟨ψ5π/8∣,\begin{pmatrix} \frac{3}{4} & \frac{1}{4}\\[2mm] \frac{1}{4} & \frac{1}{4} \end{pmatrix} = \cos^2(\pi/8) \vert \psi_{\pi/8} \rangle \langle \psi_{\pi/8}\vert + \sin^2(\pi/8) \vert \psi_{5\pi/8} \rangle \langle \psi_{5\pi/8}\vert,

où ∣ψθ⟩=cos⁡(θ)∣0⟩+sin⁡(θ)∣1⟩\vert \psi_{\theta} \rangle = \cos(\theta)\vert 0\rangle + \sin(\theta)\vert 1\rangle. Les valeurs propres sont des nombres qui devraient sembler familiers :

cos⁡2(π/8)=2+24≈0.85etsin⁡2(π/8)=2−24≈0.15.\cos^2(\pi/8) = \frac{2+\sqrt{2}}{4} \approx 0.85 \quad\text{et}\quad \sin^2(\pi/8) = \frac{2-\sqrt{2}}{4} \approx 0.15.

Les vecteurs propres peuvent s'écrire explicitement comme suit.

∣ψπ/8⟩=2+22∣0⟩+2−22∣1⟩∣ψ5π/8⟩=−2−22∣0⟩+2+22∣1⟩\begin{aligned} \vert\psi_{\pi/8}\rangle & = \frac{\sqrt{2 + \sqrt{2}}}{2}\vert 0\rangle + \frac{\sqrt{2 - \sqrt{2}}}{2}\vert 1\rangle \\[3mm] \vert\psi_{5\pi/8}\rangle & = -\frac{\sqrt{2 - \sqrt{2}}}{2}\vert 0\rangle + \frac{\sqrt{2 + \sqrt{2}}}{2}\vert 1\rangle \end{aligned}

Comme autre exemple plus général, supposons que ∣ϕ0⟩,…,∣ϕ99⟩\vert \phi_0\rangle,\ldots,\vert \phi_{99} \rangle sont des vecteurs d'état quantique représentant des états d'un seul Qubit, choisis arbitrairement — on ne suppose donc aucune relation particulière entre ces vecteurs. On pourrait alors considérer l'état obtenu en choisissant l'un de ces 100100 états uniformément au hasard :

ρ=1100∑k=099∣ϕk⟩⟨ϕk∣.\rho = \frac{1}{100} \sum_{k = 0}^{99} \vert \phi_k\rangle\langle \phi_k \vert.

Puisqu'on parle d'un qubit, la matrice densité ρ\rho est 2×22\times 2, donc par le théorème spectral on pourrait écrire alternativement

ρ=p∣ψ0⟩⟨ψ0∣+(1−p)∣ψ1⟩⟨ψ1∣\rho = p \vert\psi_0\rangle\langle\psi_0\vert + (1 - p) \vert\psi_1\rangle\langle\psi_1\vert

pour un certain réel p∈[0,1]p\in[0,1] et une base orthonormée {∣ψ0⟩,∣ψ1⟩}\{\vert\psi_0\rangle,\vert\psi_1\rangle\} — mais naturellement, l'existence de cette expression ne nous empêche pas d'écrire ρ\rho comme une moyenne de 100 états purs si on le souhaite.